S02Ep08 : La proriété c'est vol ‽ Et après …

Notes de documentation

Intro

Rappel des évènements prévus à Nancy fin mars 2026.

  • Une émission en 3 parties :

    • Liminalités et critique de la propriété
    • Discussion avec Aymeric Mansoux sur le « Libre »
    • Appels à Mobilisations et remerciements
  • Interlude : The Feeling by Girl Talk, alias Gregg Willis. CC BY SA

Liminalités et critique de la propriété

Textes de :

  • Extrait de texte. « Il n’y a pas eu de révolution. Réflexion sur la propriété privée, le pouvoir et la condition servile en France ». de Catherine Malabou
  • À qui appartiennent les biens qui n’appartiennent à personne ?
    Citoyenneté et droit d’aubaine à l’époque moderne Par Simona Cerutti (2007)
  • Habiter l’instabilité, vivre dans les interstices du monde, de Léna Dormeau
Texte source

« La condition des objets en déshérence s’applique par transfert symbolique et social aux sujets eux-mêmes. L’étranger sans héritier, le serf ou le bâtard privés du droit de tester apparaissent eux-mêmes comme en jacence — « des sujets juridiquement faibles, [d]es “misérables” ». Misérable était d’ailleurs le nom d’une catégorie sociale dans les États savoyards. Comme leurs biens, les misérables sont dans un état liminal. Et tel est non seulement le cas des « étrangers », dit Cerruti, mais aussi des « pauvres, des mineurs, des orphelins, des bâtards, des paysans-serfs, des soldats, des pèlerins et des marchands ». Cette « misère », on le voit n’est pas nécessairement fonction de leurs seuls niveaux de fortune ni de leur mobilité ou de l’extra-territorialité. Elle tient à la « faiblesse de l’appartenance locale ».

N’appartenir à personne

Imaginons la réaction a posteriori de Proudhon à l’enquête fascinante de Cerruti. Il comprendrait bien sûr que le « danger » dont elle parle ne vient pas seulement du fait que les bien séquestrés puissent attirer diverses convoitises.

Pour lui le « danger » proviendrait de ce que l’état Liminal, l’état d’incertitude des biens, laisse paraître, au cœur de la propriété, un espace d’anéantissement de la propriété. Soutien supplémentaire à l’affirmation réitérée selon laquelle « la propriété n’est rien », elle est « impossible ».

La liminalité des biens révèle en effet, par transfert, que les conditionnés n’appartiennent eux non plus à personne. La misère généalogique qui les désigne comme pauvres, faibles, sans lignage et par là exploitables, taillables, mainmortables, corvéables à merci exhibe en même temps leur caractère fondamentalement inappropriable et fait ainsi vaciller un instant la structure même de leur domination. Personne n’appartient à personne. La fabrication administrative, artificielle, d’héritiers n’est, au sens propre, qu’un cache misère.
Réduit à l’état de chose abandonnée, l’étranger mort, se confondant avec ses épaves, rend visible quelque chose qu’il faut vite dissimuler, voler en rétablissant artificiellement la chaîne d’héritage : le non-appropriable.

L’état Liminal, la nullité d’appartenance et de généalogie, occupe un espace très différent des choses communes (qui appartiennent à tous) et des choses vacantes (qui peuvent être appropriées). La jacence n’est ni l’etat de la chose sans maître, ni la res nullius, ni même la res derelicta. La jacence est, on l’a vu, le seuil de la vacance, qui vient juste avant elle et désigne un état d’indisponibilité, de non-appartenance.

Citoyen ou étranger, intégré ou exclu, personne n’appartient à personne. Et cette conclusion n-est pas celle, classique, qui consiste à affirmer le caractère inaliénable de la personne humaine. L’inaliénabilité n’est qu’une version de la propriété. Dire qu’une personne est inaliénable, c’est dire qu’elle s’appartient, qu’elle est d’abord propriétaire d’elle-même.
N’appartenir à personne, c’est ne pas (s’) appartenir du tout. C’est être, encore une fois, non-appropriable.

Voilà ce dont il faut, officiellement , que personne ne se souvienne alors que tout le monde le sais. »


Dans chapitre :
Outsiders et insiders

À qui appartiennent les biens qui n’appartiennent à personne ?
Citoyenneté et droit d’aubaine à l’époque moderne

Par Simona Cerutti (2007)

« Toutefois, dans les cas d’incertitude, lorsque la présence ainsi que l’identité des héritiers ne sont pas encore établies, les biens (les maisons, les terrains, les objets…) se trouvent dans un état liminal : n’étant plus propriété du de cujus et n’étant pas encore attribués à des héritiers, ils n’appartiennent en fait à personne. Ce qui, pourtant, signifie aussi qu’ils peuvent appartenir à n’importe qui croit pouvoir revendiquer des droits sur eux. Des droits d’usufruit, en particulier, autour desquels le débat théorique fut enflammé, et les conflits continuels. Le statut d’« héritage jacent » est bien différent de celui d’« héritage vacant » (autant de figures juridiques bien formalisées par le droit romain); le second signale l’absence d’héritiers, alors que le premier indique l’incertitude – transitoire – qui précède l’individualisation du successeur légitime »

  • Pause Zic : Remix reggae and unity par Jahmac. Licence C Creation

Avec Aymeric

Un atelier à Amsterdam sur les licences et la propriété chez un éditeur lié à la scène Squat

Les objets numériques, les communs numériques, ont une plasticité différents des objets physiques, les communs matériels. La transposition de la propriété collective depuis le numérique vers le matériel n’est un acte qui se fait sans réflexion nécessaire.

Les divergences, les dysfonctionnements, dans le « Libre » font partie de son cycle de renouvellement.

Nous avons besoin du libre mais le dogmatisme, « Le Librisme », et le branding, les creative commons, ont fait beaucoup de dégats depuis 20 ans.

L’idéologie qui est sous-tendue avec les licences Creative Commons

Il y a là une illusion à deux sens avec l’aspect politique et l’aspect technologie.

Lawrence Lessig, constitutionnaliste, est passé par l’Europe de l’Est post-war et est aussi influencé par « L’Open Society » de Karl Popper.

Lessig s’attache alors à écrire les contours d’une « constitution » pour organiser la société dans le « Cyberespace », notamment car il craint qu’un anarchie dans cet espaces permettrait à un antiautoritarisme de se développer.

Les batailles autour de la définition du « Libre », dans le proto-libre et les contestations par les licences qui ont existé et qui reviennent aujourd’hui dans un moment d’essoufflement du « Libre » dans un contexte social, environnemental, économique perclus de tensions et de risques.

Il y a une intention de régulation de l’espace numérique avec une idée de marché libre nord Américain dans la manière de penser.

Pourquoi Stallman n’apparaît dans le texte publié ?

Cela aurait rajouté de la longueur dans un texte déjà long et aussi que cela aurait donner un coup de projecteur sur quelqu’un qui en a déjà eu beaucoup.

Creative Commons est une organisation emblématique et qui est un point d’entrée facile pour les personnes qui ont besoin d’aborder les questions du « Libre » et des communs.

Le libre de Stallman, tel que définit par lui même, est tout aussi une construction idéologique avec un agenda et cela ne reflète pas les réalités de la production du libre.

Stallman et Lessig sont deux personnalités occidentale qui prennent presque toute la place dans le narratif et l’historicisation du Libre, alors que le Libre est beaucoup plus buissonnant

Le libre de GNU, le Libre de la FSF, et le libre de tout le monde

Le mouvement du libre a tenté de se mettre à jour et prendre en richesses ses propres contradiction. GNU avec Stallman a joué le rôle de décision ultime pour décider ce qui peut et ne peut pas devenir du libre officiel. Le monologue du libre…

C’est dans le dehors de l’OSI, de la FSF, de CC, que la vie vivace est

La créolisation du Libre était existante, ce sont les questions de « qu’est-ce que font les gens avec le libre ? » en sortant des cannons du Libre pour aller dans du libre populaire.

Dans les marges, dans les liminarités, il y a beaucoup de diversité mais cela représente peu en quantité car ça n’a jamais été valorisé, validé par les dominants.

Historiquement, avant CC et avant le libre officiel, c’étaient ces marges qui étaient au centre du Libre et son évolution.

Dans La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond relate le développement du Noyau Linux et du logiciel Fetchmail et expose les différences fondamentales entre le processus de développement de ces logiciels open source et celui des logiciels Emacs et gcc

La Cathédrale et le Bazar — Wikipédia

Effacement des diversités dans le Libre

Par des juristes, par la régulation avec des entreprises commerciales, avec le début d’une chasse aux sorcières, un peu comme les chrétiens ont chassé des hérétiques, pour faire devenir la loi.

C’est alors un système qui n’est là que pour faciliter l’exploitation capitaliste d’internet.

Les nouvelles licences non-commerciales qui cassent interprétation officielle du Libre sont en fait un retour des intentions qui avaient existé dans le proto-libre.

On s’en fait dépouiller, heureusement il y a beaucoup d’effort pour aller dans d’autres directions.

Le désenchantement des promesses du Libre et le blanchiment de la créolisation

C’est la perspective occidentale avec capitalisation sur les aspects commerciaux qui a silencié les voix divergentes.

Son de cloches du glas en fond…

D’un point de vue culturel, le développement du Libre est allé dans le capitalisme. Cependant, dès le départ, la pensée et la vision du Libre dans ses premiers jours il y avait déjà l’idée du privilège, automatisation du futur, du hobbies de la programmation, une vision du Fully Automated Communism anarco-capitalisme.

Les notions d’exploitations, de classes sociales, de dominations, de rapports Nord Sud n’était pas dans le fondations de ce type de libre. Alors peut-être que les bruits en réaction dans les débuts du libre ne pouvaient pas exister dans un plan déjà couru d’avance.

La fin des communs numériques ?

Ceux issus de la doctrine des années 2000, oui. Voir l’état des distribution Linux, la toxicité dans ces milieux sociaux, les problèmes liés à l’intelligence artificielle.

Il nous faut aujourd’hui requestionner à quoi ces outils servent et sortir du tech shaming avec du tout ou rien.

Ces outils ont encore une valeur pour de la réappropriation et de la réorganisation.

Il y a encore des choses possibles avec la question du potentiel politique et quels choix en fait pour établir une politique. Travailler sur ces questions pour améliorer les conditions de communautés spécifiques, de considérer les rapports de dominations et comment ces outils peuvent aider ou nuire.

Exemple entre données permettant l’extractivisme et l’exploitation et un gestion communautaire de droits sur des données publiques

Don’t panic, Organize!

  • Interlude musical : Pablo Hasel, GNU Art License

Appels à Mobilisation

Razac, Imérys et tribunal de Bordeaux

Sauvegardons RAZAC et le bassin de la Cole
Invitation à une conférence de presse
devant le tribunal administratif de Bordeaux
jeudi 19 mars - 9h - 9 rue Tastet

Depuis deux ans nous luttons contre une carrière de quartz de la multinationale Imerys à Thiviers dans le Perigord-Limousin.

nous dénonçons notamment la non prise en compte des cours d’eaux sur le site par l’étude d’impact d’Imerys, réalisée par un bureau d’étude géré par la femme du directeur de la carrière.

Malgré notre opposition les travaux ont commencé depuis l’été 2025. suite à de nombreuses péripéties sur le terrain et à l’enquête des services de l’état ayant conclu à une “très forte présomption de présence de sources et de cours d’eau” la préfecture a émis un arrêté en janvier 2026 pour faire semblant de protéger les cours d’eaux.

Pendant ce temps l’extraction du minerai juste en amont des sources continue et impacte déjà fortement la colline de razac et ses belles rivières. c’est pourquoi nous avons introduit un référé pour demander la mise à l’arrêt immédiate de l’exploitation du site le temps que la justice fasse son travail.

Nous sommes heureux d’inviter les collectifs ainsi que la presse bordelaise à nous rencontrer le temps d’une prise de parole avant notre entrée au tribunal pour l’audience de notre référé qui aura lieu à 10h (Salle Leon Duguit) et sera ouverte au public.

Toute personne souhaitant marquer son soutien à notre lutte est bienvenue !
Contact : sauvegardons-razac@protonmail.com

RDV à Nancy !

https://forum.hack2o.eu/pub/hydromedia-a-nancy-proces-nestle-waters-mars-2026

Remerciements